Grèce : le coup d’État ne sera pas télévisé

Les rumeurs d’élections distillées depuis deux jours par les créanciers de la Grèce, l’inquiétude pour les «Grecs qui souffrent» exprimée avant-hier sur les ondes d’une radio française par le président de la Commission (qui a bien pris soin d’ajouter que c’était du «peuple» qu’il se souciait, et non de son «gouvernement» ni de son «Parlement»), la récente douche froide de Bruxelles (la délégation hellénique face à des interlocuteurs expliquant qu’ils n’avaient pas mandat pour négocier, l’interruption consécutive de cette réunion au bout de 45 minutes), le report des négociations à la fin juin, la campagne de dénigrement du gouvernement grec orchestrée par le FMI, la Commission européenne et les principaux quotidiens allemands et français («Die Welt», «Bild», «Le Figaro», «Le Monde»), campagne à laquelle le chef de file des sociaux-démocrates allemands vient d’apporter une lourde pierre et dont l’intensité a manifestement franchi un cap depuis deux ou trois jours ― tout cela, combiné à la fuite des capitaux en cours et à l’effondrement de la Bourse d’Athènes, montre que ce à quoi nous assistons aujourd’hui n’est rien d’autre qu’une tentative de coup d’État financier et politique perpétrée contre le gouvernement grec, un gouvernement élu il y a à peine moins de cinq mois.

L’objectif semble bien être de faire tomber le gouvernement d’Alexis Tsipras en utilisant le levier de la panique bancaire et, en sapant les fondements mêmes de l’économie du pays, de réduire à néant le soutien politique que le peuple grec continue d’apporter à ses représentants.

Il s’agit d’un coup d’État invisible, sans tanks dans les rues d’Athènes, sans bain de sang, sans images, dans le droit fil de la stratégie insidieuse d’étranglement adoptée par nos «partenaires» dès le 4 février (suspension par la BCE du principal mécanisme de financement des banques grecques), dans le droit fil aussi de la stratégie qui avait conduit ces mêmes partenaires à court-circuiter en 2011 les procédures démocratiques pour placer un banquier et un technocrate (Lukas Papademos, Mario Monti) à la tête des gouvernements grec et italien.

Une tentative de coup d’État que les peuples de l’Union européenne, et le peuple grec lui-même, sont d’ores et déjà invités à cautionner.

Ces peuples doivent aujourd’hui prendre conscience que leurs représentants font aujourd’hui tout ce qui est en leur pouvoir pour renverser, au cœur de l’Europe, un gouvernement démocratiquement élu.

Dimitris Alexakis, Athènes, mardi 16 juin 2015

17 réflexions sur “Grèce : le coup d’État ne sera pas télévisé

  1. « Les Grecs sont malheureux, les citoyens grecs, surtout ceux qui sont dans le besoin, et il y en a beaucoup, ne voudraient plus voir la politique d’austérité être reconduite et même intensifiée. Donc, ma seule préoccupation, ce sont les Grecs, pas le gouvernement grec, pas le Parlement grec. (…) Donc, je me sens très proche des Grecs qui souffrent. » Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne, vendredi 12 juin: http://www.franceculture.fr/2015-06-12-europe-grece-migrants-les-principales-declarations-de-jean-claude-juncker

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  2. Yannis Varoufakis, ministre des Finances: « De toute évidence, la demande de plus d’austérité de la part de nos créanciers n’a rien à voir avec des préoccupations au sujet d’une réelle réforme, ni avec la volonté de placer la Grèce sur une trajectoire budgétaire viable. Leur véritable motivation est une question qu’il vaut mieux laisser au jugement des historiens futurs. Ces derniers sauront sans aucun doute faire preuve de scepticisme quant à la couverture médiatique actuelle de ces événements. »
    http://www.elcorreo.eu.org/La-presse-mondiale-diffuse-la-meme-erreur-de-raisonnement-L-austerite-comme-unique-cause-de-rupture

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  3. Il s’ agit bien d’un coup putsh auquel nous assistons sans rien faire…
    Suis écoeuré.
    Après ça nous avons encore le culot de faire des leçons de démocratie au reste du monde (à coup de baillonettes s’il le faut…)

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  4. Les créanciers exigent que la Grèce abaisse le niveau de protection sociale des salariés grecs (leurs retraites, leur Smic…) Le but de ces « réformes » n’est pas de permettre à la Grèce de rembourser sa dette à l’avenir, mais plus probablement d’abaisser le « coût du travail » en Grèce. Si les salariés grecs deviennent plus rentables pour les entreprises qui les emploieraient, les salariés des autres pays européens subiront des pressions accrues pour s’aligner.
    Il est donc dans l’intérêt de tous les salariés d’Europe que le gouvernement Tsipras résiste.

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  5. à propos de la position prise dans ce contexte par la Banque nationale grecque et son gouverneur, Yannis Stournaras (ancien ministre d’Antonis Samaras): « Never before has such a « monetary policy » report been published by the central bank of a developed country, or indeed any country. It is a political assault on its own elected government. »
    http://www.telegraph.co.uk/finance/comment/11679061/Greek-central-bank-is-playing-with-political-fire.html

    commentaire d’Ambrose Evans-Pritchard dans « The Telegraph »:
    « The guardian of financial stability is consciously and deliberately accelerating a financial crisis in an EMU member state – with possible risks of pan-EMU and broader global contagion – as a negotiating tactic to force Greece to the table. »
    http://www.telegraph.co.uk/finance/economics/11687229/Greek-debt-crisis-is-the-Iraq-War-of-finance.html

    le rapport (en anglais) de la Banque de Grèce peut être lu ici: http://www.bankofgreece.gr/Pages/en/Bank/News/PressReleases/DispItem.aspx?Item_ID=4988&List_ID=1af869f3-57fb-4de6-b9ae-bdfd83c66c95&Filter_by=DT

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  6. Bonjour,
    Merci pour votre travail de traduction, et d’analyse qui permet aux citoyens d’Europe de cerner les enjeux qui se jouent dans la crise grecque .
    Le jeune gouvernement grec à peine élu depuis 5 mois, démocratiquement, vierge de toute combine, contrairement aux précédents, n’a pas la chance de plaire aux vieux roublards européens. En effet il veut que s’appliquent d’abord les règles démocratiques : être écouté, considéré , respecté , avoir la même confiance et le même crédit que tout gouvernement élu au suffrage universel. Mais il ne plaît pas, il est d’essence marxiste simplement parce qu’il n’obéit pas aux injonctions des autres , alors que les Karanmanlis, Samaras, Papandréou et autres ex-de Goldman&Sachs élus par le peuple appliquaient docilement les injonctions de la Troïka.
    C’est ce paradoxe que les membres dirigeants européens ne comprennent pas, Mr. Alexis TSIPRAS leur dit non ! en tout cas , j’ai pas été elu pour appliquer votre politique , mais celle que j’ai proposée au peuple et dont j’assume les actions , je ne suis pas votre larbin , mais votre égal.

    Cette leçon de démocratie avec à la clé le référendum proposé le 5 juillet , est de la nature de la démocratie héritée du siècle de Périclés , de celle que les européens attendent de leur dirigeants. Et non pas des signatures en catimini (futur TAFTA et autres traités avalés sans consultation des peuples.
    Je ne peux que crier sans désespoir ni peur : Léonidas reviens !!!
    Georges

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